Coup d'homonymie

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The One and Only Ivan

Katherine Applegate (HarperCollins Children's Books) 2013 NewberyMedal Winner:

Ivan est un gorille facile à vivre qui a passé sa vie à faire le spectacle pour la foule au centre commercial Exit 8. La vie dans la jungle lui manque à peine. En fait, il n'y pense presque jamais. Mais tout change quand arrive un bébé éléphant appelé Ruby : Ivan se rend compte qu'il doit trouver une nouvelle vie pour eux deux.

 

http://www.zooatlanta.org/ivan

https://www.facebook.com/ivanthegorilla      

 

La gorille au contact de l'homme

On peut se passionner pour l'intelligence animale et ne pas être chercheur, être persuadé de la subtilité de leurs modes de communication sans pour autant pouvoir en apporter la preuve scientifique.

 On peut se passionner pour l'intelligence animale et ne pas être chercheur, être persuadé de la subtilité de leurs modes de communication sans pour autant pouvoir en apporter la preuve scientifique. La plupart des gardiens de zoo n'ont ainsi nul besoin de l'autorisation de la linguistique ou de l'éthologie pour savoir que certains animaux peuvent avoir, entre eux et avec nous, des échanges complexes.

 

Eugene Linden non plus."Que les éventuels psychanalystes, parmi mes lecteurs, se le tiennent pour dit : je persiste à penser que les animaux sont en mesure de nous apprendre qui nous sommes et d'où nous sont venues nos aptitudes", affirme non sans malice cet écrivain américain. Dans son dernier ouvrage traduit en français, Les Lamentations du perroquet (Fayard, 2002, 284 p., 19,50 euros), il nous livre par dizaines ces histoires d'héroïsme, de loyauté, d'amour ou de trompe- rie dont regorge le monde animal. Dont une, savoureuse, sur la manière dont un gorille peut apprendre à marchander... et les ennuis qui s'ensuivent.

 

 

"Ivan n'avait jamais rencontré d'autres gorilles avant d'approcher les 30 ans. Il avait été élevé à Tacoma, dans l'Etat de Washington, dans une famille humaine jusqu'à l'âge de 5 ou 6 ans, c'est-à-dire jusqu'au moment où il avait commencé à mettre la maison en danger de démolition", raconte-t-il. Placé par la suite dans un zoo, il y apprit à pratiquer à merveille l'art du troc. Lorsqu'on lui donnait sa nourriture à travers les barreaux de sa cage, il prenait l'ensemble des fruits et légumes dans ses grandes paumes noires, puis, tel un enfant, mangeait tout... sauf les haricots verts. Il gardait ceux-ci dans une de ses mains, pour tenter de les négocier aux gardiens contre du raisin. A quelle tribu appartenait Ivan ? De quel habitat naturel avait-il été arraché ? Car les gorilles, en temps normal, ne vivent pas à Tacoma. Leurs populations naturelles se concentrent toutes en Afrique centrale, où l'on recense trois sous-espèces se distinguant par leurs variations morphologiques et géographiques.

 

Le plus connu, le gorille de montagne, est aussi le plus menacé. Rendu célèbre par le combat que mena pour le défendre la primatologue Diane Fossey (assassinée en 1985 dans les montagnes rwandaises), on le trouve en tout et pour tout au sein de deux populations, l'une occupant le Parc national des Virunga - à cheval sur le Rwanda, la République démocratique du Congo (RDC) et l'Ouganda -, l'autre peuplant la forêt impénétrable de Bwindi, en Ouganda. Soit, au total, moins d'un millier d'individus... Pour autant que l'on puisse établir une estimation fiable dans ces régions que ravagent depuis des années la guerre civile.

 

Deuxième sous-espèce : le gorille de plaine oriental, qui vit exclusivement dans les forêts de l'est de la RDC. Là encore, les chiffres sont alarmants. Le dernier recensement proposé par l'Institut congolais pour la conservation de la nature, datant de 1998, faisait état de 17 000 individus. Mais il est probable que ces effectifs, ne bénéficiant d'aucune surveillance ni protection, ont subi depuis lors de lourdes pertes.

 

Reste la population des gorilles de plaine occidentaux. La plus importante en nombre (encore que les estimations varient, selon les sources, de 80 000 à... 10 000 individus) et, surtout, par sa répartition géographique. Cette sous-espèce vit en effet dans les forêts de l'ouest de l'Afrique équatoriale (Nigeria, Cameroun, Gabon, Guinée-Equatoriale, Congo, République centrafricaine), ainsi que dans l'est (RDC), dans une moindre mesure. Son comportement social reste toutefois moins bien connu que celui du gorille de montagne, sa vie en forêt dense rendant son observation particulièrement difficile... Mais cette situation est peut-être en train de changer.

 

"La découverte d'un grand nombre de gorilles se nourrissant en milieu ouvert, dans de vastes clairières marécageuses situées dans la forêt du nord du Congo, signifie que leurs interactions sociales vont pouvoir être étudiées", soulignait récemment Richard Parnell dans la revue Nature. Il y a deux ans, ce primatologue de la Wildlife Conservation Society de New York découvrait ainsi que les mâles vivant dans cet environnement avaient coutume de faire jaillir hors de l'eau, en sautant dedans ou du plat de la main, de gigantesques éclaboussures. Le but de ces manifestations répétées : non pas séduire directement ces dames (qui, souvent, n'assistent pas au spectacle), mais plutôt intimider leurs prétendants potentiels.

 

De ces trois sous-espèces, à laquelle, donc, appartenait Ivan ? L'histoire ne le dit pas. On sait seulement qu'il avait appris à pratiquer le troc, et qu'il s'en trouvait fort aise... jusqu'au jour où il dut partager sa captivité avec des congénères.

 

"Il ne savait pas que les règles du marchandage qu'il avait apprises des êtres humains ne s'appliquaient pas chez les gorilles", raconte Kyle Burks, qui s'occupait de lui au zoo d'Atlanta. Après avoir donné un frisbee à une femelle, il entra ainsi dans une violente colère en constatant qu'elle se mettait à manger tranquillement le disque en plastique, sans songer le moins du monde à lui offrir quelque chose en échange. Et, quand la femelle s'avança vers lui la paume ouverte - geste typique de réconciliation chez l'espèce -, le pauvre Ivan, qui n'y comprenait rien, la frappa, provoquant en retour une saine fureur... Leur problème, que résume d'une phrase leur gardien ?

"Elle ignorait tout de l'homme, et il ne savait rien du gorille.

Catherine Vincent (www.lemonde.fr)